Louise Bourgeois va avoir 96 ans… Elle a traversé quasiment un siècle en construisant en toute indépendance une œuvre singulière, en dehors de tout courant. Louise Bourgeois est épatante et bouleversante.
J’ai accroché chez moi la photo de Couple, petites poupées d’éponge rose, suspendues par un fil très fin dans le vide. Un couple tendrement enlacé d’une simplicité extrême mais d’une force émotionnelle rare : c’est l’Amour, un point c’est tout. Et puis c’est aussi le féminin et le masculin qui se réunissent, abandonnés et profondément apaisés.
A 71 ans, elle a eu l’audace de poser pour le photographe américain Robert Mapplethorpe avec une de ses sculptures sous le bras, comme si elle portait sa baguette de pain, le sourire aux lèvres. Sauf que la baguette en question, c’est un pénis géant en latex, une de ses sculptures intitulée Fillette. Rien que pour ce culot là, j’aime Louise Bourgeois. On sent qu’elle est contente de son coup et elle trouve ça super drôle ! Malgré ses rides, on a vraiment envie de la traiter de sacrée coquine. Avec Fillette, Louise Bourgeois redonne au symbole masculin sa part de féminin en mettant en avant toute la vulnérabilité de l’homme. Encore une fois, elle relie dans une totalité le féminin et le masculin.
Louise Bourgeois exorcise dans ses œuvres ce qui la gêne, ce qui lui fait peur. Elle tourne autour de son traumatisme ― un père qui ne l’aurait pas aimé et sa peur de petite fille de se faire abandonner par ce papa volage, amant de la gouvernante de la famille. En conséquence, l’artiste ne donne pas dans le joli ou l’agréable à regarder, elle expose ses émotions, ses sensations et ses peurs. Elle représente sa mère en araignée gigantesque et terrifiante. Mais dans son univers le caractère répulsif de l’insecte prend une dimension protectrice et apaisante et se transforme en refuge. Louise Bourgeois nous fait visiter des caves, des chambres, des tours et des escaliers… On y déambule ému ou mal à l’aise. Une chose est sûre, avant de chercher à comprendre (rationnellement) l’art de Louise Bourgeois, il faut le laisser agir sur nous et investir nos émotions et notre inconscient.
Une rétrospective a lieu en ce moment à la Tate Gallery de Londres jusqu’au 20 janvier 2008 à laquelle je ne peux pas me rendre. Donc, j’attends avec impatience l’exposition du Centre Pompidou qui débutera le 5 mars 2008.